Poursuivre l'éphémère
Damien TOMEZZOLI, 9 Octobre 2003
D'après ma réponse à un email

Dans notre monde de consommation et de jetable, rien de plus facile que de trouver de l'éphémère . . .

Quant à poursuivre l'éphémère, c'est plus difficile.
En fait, c'est lui qui nous poursuit : les archives que l'on croit destinées aux générations futures, sont en fait très périssables. On imprime avec une encre acide sur un papier acide, et plus de la moitié des sauvegardes informatiques de la mission Appolo sont détériorées.
Dans un siècle ou deux, la quasi-totalité des documents de notre société sera perdue. Notre civilisation que l'on croit solide n'est faite que de 0, de 1, de papiers et de poubelles.

Le souvenir que nous laisserons sera une atmosphère de gaz carbonique; une mer poubelle vidée de ses poissons; un sous-sol rempli de sacs plastiques (ils durent 100 à 1000 ans dans le sol) de plomb, de mercure, et de matériaux radioactifs à longue durée de vie (jusqu'à plusieurs millions d'années), et privé de ressources énergétiques. Dans 1000 ans, certaines régions seront maudites, taboues, sans que personnes ne puisse expliquer pourquoi.

Et nous détruisons en priorité les régions où la nature est la plus riches : les côtes riches en poissons, les fleuves, les plaines : à l'origine, le mot Tchernobyl signifie "terre riche". Seules les montagnes et les déserts, inaccessibles, naturellement invivables, et inutilisables pour l'agriculture sont préservés du béton.

Dieu a créé ce Monde, il nous l'a confié, et nous le détruisons : nous volons des biens qui nous sont pourtant déjà offerts gratuitement !

Notre civilisation détruit durablement pour construire de l'éphémère.

Un créateur de startup voulait disperser ses cendres, et ne garder qu'un monument funéraire en réalité virtuel 3D sur Internet, car il estimait que le marbre était passé de mode. Il avait oublié que la technologie informatique est périmée au bout de 2 ou 3 ans. Pour laisser un souvenir aux générations futures, il faut graver dans le marbre ! Si je meurs suffisamment riche, je ferais sculpter sur ma tombe au Père Lachaise une statue en marbre représentant un papillon : le souvenir éternel de la vie éphémère.

 


 
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Auteur du site  : Damien Tomezzoli
Paris, France
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